Flares (2014)

pour 8 musiciens

enregistré le 12 février 2015 aux Substances (Lyon)

Alexandre Worms et Éléonore Desportes, hautbois

Elsa Loubaton, Cécilia Lemaître-Sgar et Ya-Fen Yang, clarinettes

Florent Duverger et Lou Renaud-Bailly, percussions

Joanna Ohlmann, harpe

direction : Fabrice Pierre

AVANT-PROPOS

 

Lens-flare ou facteur de flare est le terme utilisé pour définir les halos de lumière captés par l’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra lorsqu’une importante source lumineuse se trouve dans son champ. Si cette aberration optique est souvent soigneusement évitée par certains photographes, d’autres préfèrent dompter ces facteurs de flare et les intégrer pleinement dans la composition de leur image. Avec l’avènement du numérique, ces halos parasites disparaissent totalement… Remplacés par de faux flares intégrés aux logiciels de retouche d’image pour augmenter le réalisme d’une scène ! Pour le réalisateur J. J. Abrams, le lens-flare est un symbole du futur ; il use et abuse de ce procédé, parfois même au détriment de la compréhension de l’action.

 

Les flares, en effet, transforment de manière significative l’image. L’ensemble des paramètres altérés a été pour moi la source d’inspiration principale de cette pièce, à tel point que j’ai associé chaque paramètre visuel à un paramètre sonore. Tout d’abord, je me suis intéressé à la forme géométrique unique, répétée et déployée qui constitue ce halo lumineux. Musicalement, elle correspond à une suite de trois accords comportant six hauteurs, joués en homorythmie et associés à une cellule rythmique simple. L’ordre des accords et cette cellule rythmique apparaissent, agencés différemment, au début, au centre et à la fin de la pièce mais sont toujours exposés dans un secteur fréquentiel très prégnant, les six hauteurs qui constituent l’accord restant concentrées dans une seule octave. De plus, pour renforcer cette idée de forte intensité lumineuse et de grande netteté de cette figure monochromatique, j’ai fait le choix d’un effectif homogène à la couleur presque unanimement « boisée ».

 

Si cette forme géométrique est unique, sa taille et sa netteté dans le halo varient : plus la figure est grande, plus la netteté est faible. Les dilatations de la cellule rythmique, l’agrandissement du registre, les appogiatures et les changements de nuances rendent compte de ces variations. À ceci, on peut ajouter le présence de plus en plus grande de l’instrument que j’ai associé au halo : la harpe, dont les importantes résonances et les harmoniques emplissent de sonorités diaphanes les espaces initialement silencieux.

 

Par ailleurs, l’émergence d’un flare à des conséquences importantes sur le reste de l’image :

- La baisse du contraste et de la luminosité, traitée musicalement par l’allongement des notes, la déconstruction de la verticalité, l’éclatement extrême de la tessiture et la transformation de l’harmonie, notamment par la présence de micro-intervalles ;

- L’altération de la netteté, transcrite par la construction d’espaces réverbérant et de ralentissement des vitesses d’attaque des instruments ;

- La saturation, vocabulaire commun aux deux arts.

 

Comme pour un travelling au cinéma où l’ensemble des paramètres semble se mouvoir avec une grande souplesse, j’ai attaché une attention particulière aux processus de transformation de mon matériau musical afin de donner à cette pièce l’impression d’un seul grand geste.